Le ministre de la Défense avertit : « si Dassault ne vend pas son appareil [le Rafale] à l’étranger, la chaîne [de production] sera arrêtée ». Invité aujourd’hui de Questions d’Info, Gérard Longuet atermoie néanmoins la sanction à, au minimum, un horizon de sept ans. Plus précisément, une fois que l’armée française, qui se fournit en Rafale sans appel d’offres, aura eu livraison de tous les appareils commandés, dont l’étalement est prévu jusqu’en 2018 au moins. Si d’ici là, les échéances électorales n’écornent pas la volonté des politiques et si Dassault se fait éconduire en Inde, alors le groupe se contentera, s’agissant des Rafale, d’entretenir les appareils. Un moindre mal pour le ministre puisque « l’achat représente un tiers et la vie représente les deux tiers ».

Le Rafale, constamment affublé de l’épithète « l’avion de chasse qui n’a jamais été exporté », moqué comme Le Concorde à son époque dans l’aviation civile, a essuyé il y a tout juste une semaine un échec de plus… en Suisse cette fois-ci. L’armée helvétique lui a préféré le Grippen du groupe suédois Saab. Sur la scène internationale, l’avion de combat français, plus cher que ses concurrents, vole commercialement d’échec en échec. Au jeu des appels d’offres, le F18 de Boeing, le Grippen suédois ou l’Eurofighter d’EADS l’emportent systématiquement. Dassault sait désormais décliner « non » en plusieurs langue. Par ordre chronologique des camouflets : les Emirats arabes unis, à la mi-novembre, qui faisaient suite aux déconvenues brésilienne, marocaine, singapourienne, sud-coréenne et néerlandaise. Et pourtant, exception française là encore, Dassault a obtenu des pouvoirs publics, dans le cadre de la loi de programmation militaire 2009-2014, l’assurance de produire un avion par mois afin de garantir ses installations industrielles, ses emplois et ses prix. Le 12 décembre, le PDG de Dassault réagit. Le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, a réfuté les critiques selon lesquelles le constructeur aéronautique vivait aux crochets de l’Etat et ne cherchait pas véritablement à exporter son avion de combat le Rafale, dans un long entretien publié lundi dans le Figaro.

« Pour ceux qui continuent à penser que nous sommes un arsenal vivant grassement aux crochets de l’Etat, je veux juste leur indiquer que 75% du chiffre d’affaires de notre société reposent sur la vente d’avions civils et que les commandes de l’Etat ne représentent en moyenne que 20% de notre activité! », explique le dirigeant. Charles Edelstenne a accordé cet entretien après une nouvelle slave de critiques consécutives à l’échec récent dans la vente du Rafale en Suisse qui lui a préféré le Gripen suédois. L’avion de combat, conçu pour l’armée de l’air française, n’a pas encore trouvé preneur à l’étranger.

Face à ceux qui estiment qu’il ne souhaite pas l’exporter se contentant des commandes de l’armée de l’air française, M. Edelstenne rappelle que « l’exportation est une nécessité vitale pour l’industrie d’armement ». « Rien que pour les Emirats arabes unis, plus de 100 personnes de Dassault Aviation, et je ne compte pas ceux de nos coopérants Thales et Snecma, sont mobilisées dans les négociations Rafale depuis plus de deux ans. Croyez-vous que je dépenserais autant d’énergie juste pour faire de la figuration si je n’en étais pas convaincu? », interroge le patron.

Sur le prix du Rafale jugé extravagant par certains observateurs, Charles Edelstenne répond que « les prix sont validés par l’État, qui se porte garant qu’il n’y a pas de surmarge dans nos offres ». Le prix du Rafale supérieur à celui des avions de combat sur le marché se justifie par sa polyvalence qui permet de remplacer plusieurs types d’avions différents, « ce qui contribue à réduire la quantité d’avions nécessaires pour remplir les missions qui relèvent de l’aviation de combat ». « Il n’est donc pas possible de comparer un pour un », conclut-il.

M. Edelstenne, qui rappelle par ailleurs que la dimension politique est essentielle, dans ce dossier, estime que « les Etats-Unis mettent tout leur poids politique dans la balance pour empêcher l’exportation du Rafale ». « Ils savent qu’ils hypothéqueraient, ainsi, l’avenir de cette filière en France et en Europe. Ils y gagneraient un double monopole, militaire évidemment, mais aussi technologique, car l’aéronautique irrigue, par les technologies qu’elle développe, des pans entiers de l’économie », analyse-t-il.

Il agite enfin le spectre de l’emploi en France rappelant que « 100% du Rafale sont fabriqués en France et qu’il procure de la charge de travail à près de 500 entreprises, dont de très nombreuses PME-PMI innovantes ». Le Rafale est toujours en lice aux Emirats arabes unis, en Inde et au Brésil. Ce sont « les trois dossiers les plus avancés », rappelle-t-il.

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